2. Lui, et Mitchel ?

Le regard de Raphaël se dirigea rapidement vers la place du passager, et se heurta à un corps sombre, à demi-caché par le tableau de bord, maculé de sang. Inconsciemment, une folle joie emplit Raphaël, le faisant se tourner, ça et là, dans l'obscurité, à la recherche de son compagnon.

Néant au nord.

Néant à l'est.

Néant au sud.

Néant à l'ouest.

C'est alors seulement que Raphaël comprit qu'il n'avait aucune idée d'où il était, et que le Diable seul savait où il s'en irait. Malgré l'immatérialité de sa chair, ses jambes se courbèrent sous le poids de la fatigue, du désespoir et de l'ignorance. Mitchel parti, c'était la fin de ses repères. La vie les avait continuellement rassemblés : étaient-ils à jamais séparés dans la mort ? Il sentit le poids de son âme dénué, ces atomes échappés au trépas. Ça y est ? Voilà l'ultime réponse ? Une question qui le tourmentait depuis longtemps fit surface : la vie après la mort, l'attente du néant ou l'attente d'un Dieu en conflit perpétuel, ces songes se bousculaient péniblement dans son esprit.

La lueur bleue des ambulances et des pompiers se mêlait aux phares des voitures, quelques curieux assistant à ce morbide spectacle. La nuit semblait assombrir l'esprit de Raphaël, il psalmodiait quelque glauque refrain. On enleva sa voiture et, peu à peu, le flot terrestre redevint continu, jetant définitivement Raphaël aux oubliettes de la mort. Sa voix s'élevait dans l'infini de son nouveau monde, hurlant à la Terre sa plainte déchirante. De timides rayons de soleil dardèrent l'obscurité, à mesure que Raphaël remettait ses idées en place. Une seule certitude : ses interrogations, bousculées par sa mort, n'étaient, pour l'instant, que reformulées. Il lui appartenait, dans la nouvelle obscurité, de frayer son chemin.

Mitchel, quelque part, le cherchait-il ?

Raphaël devait maintenant réapprendre ce qu'était le monde, ce dont il avait besoin, ce qu'il cherchait. Il entama une trajectoire hésitante, suivant plus ou moins l'autoroute.